Articles sur les croix funéraires de fonte en Mayenne et ailleurs

Page 1 Article de Pierre Martin sur les croix de Fonte illustré par des photos de croix du cimetière de Nozay.

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Extraits de l'article de Pierre Martin (Mayenne) sur les croix de fonte de nos ancêtres paru dans la revue La Mougeotte en 2017, illustré de Photos de croix de fonte du cimetière de Nozay (prises en Mai 2019 par Pierre Martin).

LES CROIX EN FONTE DE NOS ANCÊTRES

UN PETIT PATRIMOINE EN DANGER: LES CROIX EN FONTE DE NOS ANCÊTRES…

Dans tous les cimetières, les croix funéraires sont en danger, d’où cette préoccupation partagée entre la Société Archéologique et Historique de la Mayenne et l’ASPM (et heureusement d’autres communes, mais pas assez nombreuses) pour ce patrimoine.

Les recherches de Pierre Martin nous ont paru si approfondies qu’elles méritent d’être diffusées pour que nous ne regardions plus ces croix comme avant : car elles témoignent d’une culture: elles « parlent » quand on sait les lire: c’est grâce à Pierre Martin.

Pierre Martin Passionné d’archéologie, plus particulièrement de ce qu’on appelle le petit patrimoine, qui, sans protection, est en train de disparaître.

«  Je me suis lancé sur un domaine qui jusqu’à ce jour a été délaissé : l’inventaire et la sauvegarde des croix funéraires métalliques de nos cimetières. Car les anciennes concessions arrivent à terme ou sont abandonnées, les tombes relevées… avec un départ des monuments vers la destruction ».

LES CROIX MÉTALLIQUES FUNÉRAIRES par Pierre Martin

Les vieilles croix métalliques sont nombreuses dans nos cimetières.

Elles proviennent des régions de mines de fer principalement du nord-est de la France. De tailles variées et de différentes formes, plates ou creuses, elles sont décorées de motifs profanes ou religieux. Leur identification se fait à partir d’anciens catalogues des fonderies, difficiles à trouver car devenus rares.

 

HISTORIQUE Jusqu’à la fin du XIXe siècle, en règle générale, sur leurs tombes, les familles aisées mettaient un monument en pierre gravée : dalle, stèle, croix…

Monument qui subsiste encore dans nos cimetières, tandis que les peu fortunés mettaient une simple croix en bois qui, avec le temps, ont toutes disparu et ont été remplacées par des croix métalliques.

La prolifération des fonderies engendra dès 1860 une baisse des prix des produits en fonte moulée, qui les rendirent très attractifs, tels que les croix funéraires, qui furent produites en grande quantité à partir de 1900.

Il est difficile de dater ces croix par rapport à la date de décès figurant sur le monument, car souvent elles ont été mises en place pour un ancêtre décédé antérieurement et réemployées ultérieurement.

De même, il n’est parfois pas possible d’attribuer un modèle à un fondeur car certains modèles ont été produits par plusieurs fonderies compte tenu de reprises d’établissements, des fusions, acquisitions. [Extraits de :

https://fontesdart.org/wp-content/uploads/2017/06/mougeotte70.pdf ]

 

LA FABRICATION DES CROIX

En métallurgie, la première matière obtenue de la réduction du minerai de fer dans les hauts-fourneaux est la « fonte de fer », que l’on utilisa sous cette forme dès le XVe siècle, uniquement pour mouler des canons et des boulets de canon.

Cette fonte dite de 1re fusion était retravaillée pour obtenir du fer qui servait principalement à faire de la clouterie et de l’outillage.

Au début du XIXe siècle, le développement de la sidérurgie permit la mise au point de techniques d’affinage soit pour obtenir du fer, soit pour refondre de la fonte de 1re fusion.

On obtint la fonte dite de 2e fusion et on produisit par moulage des objets d’ornement et du bâtiment, tel que grilles, balcons, portes, tuyauteries, poêles, lavabos, fontaines et de la statuaire civile et religieuse dont les croix funéraires.

Pour obtenir une croix en fonte de forme plate, à partir d’un modèle en bois dur, on fait une empreinte en creux dans un mélange argilo-sableux, puis le métal en fusion, sous forme liquide est versé dans cette empreinte.

Pour les pièces en creux, la technique de fabrication est plus difficile, car il faut faire un noyau en sable, qui sera mis à l’intérieur du moule qui, une fois extrait, réalise le creux de la croix.


Deux croix du cimetière de Nozay provenant de la Meuse et de la Haute-Marne

Clichés Pierre Martin (Mai 2019)

  LES CROIX EN FONTE DE NOS ANCÊTRES

COMMERCIALISATION: > TRANSPORT

C’est le développement du chemin de fer vers 1850, qui a permis l’approvisionnement de l’ensemble des départements français.

Les croix voyagent aux frais, risques et périls des destinataires. Elles sont soit en vrac dans la paille, soit emballées dans des caisses ou cadres en bois.

Les fonderies de Saint-Dizier ou Tusey demandent le retour de ces cadres ou caisses démontés et des bâches, aussitôt le déchargement.

DISTRIBUTION Elle devait s’effectuer suivant deux phases:

1°) les grossistes: dépositaires régionaux qui s approvisionnaient directement dans les fonderies.

2°) Les détaillants: marbriers ou entreprises de pompes funèbres qui s’approvisionnaient chez les dépositaires et distribuaient aux particuliers ou entreprises de pompes funèbres.

COÛT Vers 1926, une croix était vendue départ usine 230 à 300 F les 100 kg, plus les frais d’emballage de 1 F par 10 kg et le coût du transport par chemin de fer d’environ 18 F pour 300 kg.

Pour une croix de taille moyenne de 1,20 m de haut pour un poids d’environ 16 kg, celle-ci coûtait environ 50 F, rendue chez le dépositaire

 À cela il faut ajouter le prix de mise en œuvre et le bénéfice du marbrier; on peut estimer le prix d’une telle croix en fonte, mise en place dans un cimetière à 150 F.

 Dans la région des Pays de Loire, une étude sur la grève de 1926 à la Ferté-Macé indique que le salaire d’un ouvrier tisserand s’élevait en moyenne à 25 F par jour.

 Une croix en fonte sur une tombe représentait donc le salaire d’une semaine de travail de 6 jours, pour un ouvrier.

CARACTÉRISTIQUES DES CROIX FORMES Elles sont de 3 types:

- Plates ajourées, les plus courantes car faciles à mouler, étant relativement planes et utilisant peu de matière, moins chères, Elles représentent 80 % des croix

- Plates ou légèrement convexes, pleines

- Creuses à section: ronde, demi-ronde, hexagonale, octogonale, carrée ou rectangulaire. Ces croix sont plus rares, car d’un coût plus élevé dû au moulage plus difficile et mettant en œuvre plus de matière première.

Différentes formes de croix produites par les fonderies Toutes les fonderies ont en règle générale produit des croix plates pleines ou ajourées, mais seules quelques-unes en ont fabriqué de formes différentes

A 227 Croix fonte ajourée .avec des motifs géométriques et du feuillage. Au centre soit un Christ , une vierge ou aucun sujet. Au milieu du bas du fût un personnage masculin, debout de face, les mains jointes. Fonderie de PONT sur SAULX

C 5 Grande Croix fonte creuse , section ronde, fermée au bouts, agrémentée de lierre, avec au pied un roseau. Au centre avec ou sans personnage rapporté,

Fonderie E.DELACOURT PONT sur SAULX (Meuse) [5 croix du cimetière de Nozay]

B 4 Croix fonte  plate avec motifs floraux ; au centre une couronne de 4 grosses fleurs : pensée, rose , immortelle avec christ , vierge ou sans sujet.. Fonderie de PONT sur SAULX

A 168 Grande croix plate ajourée de motifs géométriques, avec au centre un Christ.

Au bas deux anges ailés vue de face , debout, les mains jointes . Fonderie SALIN à Dammarie (Meuse)

B 12 Grande Croix fonte plate, agrémentée d' épis de blé , roseaux, et de la vigne grimpante tout le long de la croix,  avec 2 grappes de raisin, au centre une couronne de fleurs avec ou sans sujet.  Fonderies de BAYARD et de St DIZIER [Extraits de :

https://fontesdart.org/wp-content/uploads/2017/06/mougeotte70.pdf ]

  LES CROIX EN FONTE DE NOS ANCÊTRES

  DESCRIPTION

Elles offrent une grande diversité de décors, plus de 2600 modèles différents ont été recensés dans les différents catalogues de fonderies ou hauts-fourneaux.

Ces croix sont généralement en fonte, matériau fragile, d‘une hauteur variant de 40 cm à 2 m, systématiquement montées sur un quadrilatère pyramidal en béton ou en pierre.

Les croix d’une hauteur inférieure à 0,85 m étaient en général réservées pour les tombes d’enfants.

Elles ont été moulées d’une seule pièce pour les croix plates et en plusieurs éléments pour les croix creuses, comportant des motifs géométriques et floraux divers, sculptés en règle générale, en bas-relief pour les croix plates et en ronde-bosse pour les croix creuses, ainsi que des personnages tels que Christ, Vierge, Saint, Ange. Ces personnages sont parfois rapportés sur la croix, fixés par des vis, rivets ou soudures.

LE DECOR DES CROIX Motifs profanes

Seule la forme de la croix latine a un caractère religieux, mais les décorations sont uniquement des dessins géométriques, plus ou moins complexes ou des motifs végétaux ou floraux qui ont souvent une connotation symbolique : Le plus courant est le lierre.

On trouve aussi beaucoup de roseaux. Des couronnes végétales qui sont sans début ni fin, symbolisent également l’éternité. Le lis (pureté), les roseaux (fragilité de la vie), les roses (l’amour); et encore beaucoup d’autres fleurs: arômes, pensées (souvenir), tulipes, immortelles, palmes, chrysanthème, fleurs et fruits de marronnier, pomme de pin, chardon,

On trouve aussi au centre du croisillon la croix de guerre (un tué à la guerre) Un sablier symbolisant la vie qui s’écoule, urne funéraire simple, Un cœur enflammé entouré d’une couronne d’épines. Des accessoires religieux tels qu’encensoir, calice, hostie… [Extraits de : https://fontesdart.org/wp-content/uploads/2017/06/mougeotte70.pdf ]

A 151 Grande croix plate ajourée de motifs géométriques, avec au centre un christ, une vierge ou 3clous. Fonderie SALIN à Dammarie sur Saulx (Meuse) (Cimetière de Nozay, idem 2 croix suivantes)

C 1 Croix fonte creuse , section ronde, fermée au bouts, agrémentée sur le fut et les traverses de lierre avec quatre pendentifs de ce lierre et un croisillon au centre. Avec ou sans personnage rapporté. : Fonderies BAYARD et St DIZIER (Haute Marne)

A 33 Grande croix en fonte ajourée de motifs géométriques avec au centre un Christ ou une vierge rapporté. Au bas deux anges ailés , qui se tournent le dos Fonderie de PONT sur SAULX,

LE DECOR DES CROIX  Motifs religieux

Dans les motifs religieux chrétiens , le plus courant est un Christ crucifié, une Vierge, des anges ou des saints. Des symboles très religieux tel qu’épi de blé et vigne pour symboliser l’eucharistie : le pain et le vin (la chair et le sang du Christ). Des fleurs à cinq pétales ou étoile à cinq branches pour les cinq plaies du Christ. La Sainte face ou le Mandylion: linge avec la représentation du visage du Christ.

LES CROIX EN FONTE DE NOS ANCÊTRES

LE DECOR DES CROIX  Motifs religieux (suite)

La Bible, le Triangle divin représentant la Trinité, avec parfois en son centre le tétragramme YHWH, nom de Dieu hébraïque :Yaveh.

La croix latine ou bien celle de Saint-Jean ou croix de Malte.

Les acronymes comme : INRI, pour Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdoeorvm: Jésus de Nazareth Roi des Juifs, placé au-dessus du Christ.

Et sur le montant à diverses hauteurs, les lettres entrelacées : IHS : Iésus Homo Salvator = Jésus Sauveur des Hommes. AM: Ave Maria pour la Vierge.

Un type de croix fut manifestement très prisé : celle avec les symboles des 4 apôtres de l’Apocalypse de Saint-Jean,: elle a été produite pratiquement par toutes les fonderies avec quelques variantes.

Les Christ Ils se présentent sous deux formes, soit faisant partie intégrale de la croix lors du moulage et dans ce cas ils sont de petite taille. Soit ils ont été rapportés et sont de plus grandes dimensions. Les Christ rapportés sont souvent ceux des sculpteurs Edmé Bouchardon et Jean de Bologne, sculpteurs décédés depuis plus de 100 ans, dont les œuvres sont tombées dans le domaine public.

Ces Christ ont été repris par plusieurs fonderies sur leurs croix, en leur apportant quelques modifications, tel que :

Le périzonium, l’étoffe qui cache la nudité du Christ, qui peut être noué, devant, à droite ou à gauche. et de forme variée.

La chevelure, la forme, la position, avec ou sans couronne d’épines.

Le Christ est représenté soit crucifié avec 3 clous, tel que le pratiquaient les Romains, ou avec 4 clous, les pieds côte à côte, représentation depuis le XVIIe siècle.

Les Vierges On rencontre les deux cas: moulée d’origine sur la croix ou rapportée. Sur le même type de croix, on peut soit n’avoir aucun sujet, soit un Christ, soit une Vierge.

Plusieurs variantes de Vierge : avec couronne de fleurs sur la tête ou voile, tenant parfois l’enfant Jésus, bras étendus horizontaux ou vers le bas, mains ouvertes, ou mains jointes sur le cœur, etc

Les Anges Ils vont souvent par deux, pour élargir et consolider le bas de la croix. Ils sont soit debout, ou agenouillés, de face, se regardant ou dos à dos mains jointes?

DIFFUSION des CROIX

Un inventaire détaillé, effectué dans 44 cimetières de l’est du département de la Mayenne, donne les résultats ci-après : 1580 croix en fonte recensées, en bon état.

Plus de 90 % ont été identifiées, qui proviennent de 15 fonderies différentes. Ce qui prouve que la diffusion de ces croix était bien faite par l’ensemble de la profession, quelque soit la taille de l’entreprise.

Les plus gros fournisseurs étaient Bayard et Pont-sur-Saulx avec chacun 30 % et PortillonTours et Salin avec chacun 10 %.

Un rapide passage dans le cimetière de Nozay  effectué en mai 2019 par Pierre Martin a permis de voir plus d’une quarantaine de croix de fonte  pour lesquelles ont été réalisées une vingtaine de photos à titre documentaire dont sont extraites les illustrations des dix croix présentes dans cet article.

DISPARITION et SAUVEGARDE DE CE PATRIMOINE

La production des croix s’est arrêtée vers les années 1950.

À partir de 1955, la reprise de concessions anciennes a vu le début des disparitions des croix en fonte ou parfois leur remplacement par des monuments en pierre.

Ces Croix de Fonte méritent d’être sauvegardées. Certaines communes ont mis en place une procédure de conservation : chaque fois qu’une de ces tombes est relevée, la croix est entreposée dans un coin du cimetière, ou le long d’un mur. Les communes des environs de Nozay pourraient suivre cet exemple. [Extraits de : https://fontesdart.org/wp-content/uploads/2017/06/mougeotte70.pdf ]

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